
Didier Crabos (Promo 1980) et l'histoire de la Pink Lady
Didier Crabos, un des “pères” de la pomme rouge qui a séduit le monde

Ingénieur agronome, directeur de la coopérative Cofruid’Oc depuis 1991, poste qu’il va quitter fin mars, il a contribué à créer et a présidé jusqu’en décembre l’association Pink lady®. Histoire.
Ce soir-là, dans la petite salle des fêtes de Marsillargues, entre deux sandwiches, des producteurs de pommes, des coopératives fruitières, des pépiniéristes et des metteurs en marché ont lancé un projet devenu phénoménal. Au cours de cette soirée de 1997 est née l’association Pink Lady®. Elle s’est donnée comme premier président, Didier Crabos, un jeune ingénieur agronome fraîchement débarqué à Lunel. Un poste que ce dernier a cédé, en décembre, après presque 30 années d’une incroyable aventure.
À Cofruid’Oc pour épauler Jean Suquet
Fils d’agriculteur du Béarn, titulaire d’un diplôme d’agronome en économie et sociologie rurale, Didier Crabos a débuté au comité économique des fruits et légumes du Languedoc Roussillon. C’est là, qu’en 1989, Jean Suquet, président de la jeune coopérative saint-justoise Cofruid’Oc, l’a repéré et lui a proposé, à sa manière, de venir l’épauler : « Vous ne connaîtriez pas quelqu’un comme vous ? », a-t-il osé.
Didier Crabos a franchi le pas, il est devenu directeur adjoint puis directeur de Cofruid’Oc mais pas seulement. Au comité économique, le jeune agronome s’était familiarisé avec la filière “pomme”. Il avait participé, en particulier, au lancement de la première marque collective censé valoriser la granny. « Cette pomme était produite dans le sud de la France et avait une meilleure saveur qu’en Australie, son pays d’origine car, ici, les conditions météo permettaient de la cueillir à maturité sans mettre à mal sa qualité », raconte Didier Crabos.
La crise de 1992
Cette histoire fut l’une des clés de l’aventure Pink Lady®. « La marque Granny a donné à la filière “pomme” une culture de la construction collective et une première idée de la force d’une marque », analyse Didier Crabos. Mais d’autres éléments ont été déterminants aussi. À commencer par la crise. En 1992, le marché de la pomme européenne basique (la golden) s’effondre, les exploitations souffrent, des doutes émergent sur le devenir durable des nouvelles variétés comme la gala. « C’est à ce moment-là qu’on a eu connaissance, dans la presse spécialisée anglaise, d’une nouvelle variété venue d’Australie, la pink lady. Elle paraissait extraordinaire. Comme on savait que la granny s’adaptait très bien dans le sud, on a envoyé deux producteurs et un technicien en Angleterre. Ils ont décelé un véritable intérêt et, quand nous avons goûté cette pomme, on s’est dit : “C’est waouh !” », s’amuse Didier Crabos.
Le rôle clé d’un groupe de pépiniéristes du Gard
Un autre élément a joué en faveur de “la Pink”. Au même moment, à Jonquières-Saint-Vincent (Gard), le groupe de pépiniéristes Star fruits venait de négocier avec le gouvernement australien les droits d’édition de la variété pink lady pour l’Europe. « Comme ils étaient conscients de la situation du marché de la pomme, qu’ils avaient une vision humaniste et qu’aucun arboriculteur n’avait encore un arbre adulte, on a pu réfléchir à un projet collectif visant à donner aux producteurs les moyens de vivre longtemps de la Pink Lady®. Pour créer de la valeur, notre idée a été de faire ce qui était nécessaire pour la qualité du produit et marquant pour le consommateur », explique Didier Crabos.
La filière a été créée au milieu des années quatre-vingt-dix. Les premières plantations ont concerné 50 producteurs volontaires avec un objectif impérieux de qualité, et trois metteurs en marché seulement ont été agréés (Fructival dont faisait partie Cofruid’Oc, Cardell et Gerfruits). Ils s’engageaient impérativement à être au service du collectif.
Une identité forte
La suite ne fut pas un long fleuve tranquille mais les piliers fondateurs n’ont jamais varié. « Personne n’a eu le pouvoir. On est restés dans une logique de croissance responsable, 7 % par an, pas plus. Pour devenir membre de Pink Lady®, il faut adhérer au projet, aux valeurs, partager la performance, l’équité, l’esprit de progrès et de conquête et avoir cette volonté d’être pleinement acteur du destin. »
Quant au marketing, il a également été au cœur du projet. « Comme notre croissance était raisonnée et que le distributeur devait trouver son intérêt, ça nous a obligés à être toujours en conquête de consommateurs. On a ainsi créé une identité forte autour de cette pomme avec beaucoup d’affectif. Avec le cœur rose, on a sublimé les qualités la Pink Lady®. C’était transgressif, léger sur le ton mais ça a toujours reposé sur une approche économique très structurée, rigoureuse et collective. » Et Didier Crabos d’insister : « La Pink Lady® a été vécu comme une pomme à mission, comme une cause. »
Article paru dans Midi-Libre le 1er mars 2025 par Jean-Pierre Souche
